En décembre 2015, des blogueurs ivoiriens ont fondé une association pour faire sortir le blog du petit cercle de ceux qui le pratiquaient déjà. J'en ai été le président pendant deux mandats. Dix ans plus tard, la question qui nous réunissait n'a pas vieilli : qui peut faire entendre sa voix sans passer par quelqu'un d'autre ?
Photo publiée sur Ma Côte d'Ivoire en lignes, le 8 décembre 2015.Le blog, en 2015
Au milieu des années 2010, tenir un blog n’avait rien d’évident. Il fallait choisir un outil, apprendre à s’en servir, trouver où l’héberger, puis l’alimenter avec régularité. Je l’avais appris moi-même quelques années plus tôt : mon premier blog, commencé en 2011, avait été fait en local sur WordPress avant d’être admis sur Mondoblog, la plateforme des blogueurs francophones de RFI. Ce parcours n’était pas à la portée de tout le monde, et le blog restait souvent l’affaire de ceux qui savaient déjà.
Or l’enjeu dépassait largement la technique. Un blog, c’est une voix sans intermédiaire : il n’y a pas de rédaction pour choisir les sujets, pas de média pour couper les phrases. Celui qui tient un blog décide seul de ce qu’il dit, et il en répond seul. Laisser cet outil aux seuls initiés revenait à réserver cette liberté à quelques-uns.
Une association pour former et informer
Le 7 décembre 2015, une assemblée générale réunit des blogueurs à la Maison de la presse, au Plateau, à Abidjan. Elle adopte les statuts de l’Union nationale des blogueurs de Côte d’Ivoire et me confie la présidence pour deux ans. L’association se donne deux missions : former et informer.
Elle s’ouvre volontairement à ceux qui n’ont pas encore de blog. Une catégorie de membres, les aspirants, est prévue pour eux : des personnes intéressées par le blogging, accompagnées jusqu’à la création et l’animation de leur propre blog. C’était le cœur du projet : ne pas seulement réunir ceux qui écrivaient déjà, mais en faire entrer de nouveaux.
Les activités ont commencé dès janvier 2016, avec une formation des aspirants aux techniques du blogging, les 8 et 9 janvier. Elles se sont poursuivies par une rencontre-débat le dernier samedi de chaque mois, autour de questions très concrètes, comme l’intérêt de bloguer en communauté ou la frontière entre la passion et l’activité rémunérée. En août 2016, l’association a co-organisé avec le projet Ivoire Justice un hackathon de quarante-huit heures consacré à la paix et à la réconciliation : vingt-trois équipes inscrites, dix retenues pour concourir. Le blog conduisait déjà à autre chose que le blog.
Ce qu’il en reste, dix ans plus tard
L’association a compté une centaine de membres sur deux mandats de deux ans. Depuis, les outils ont beaucoup changé : les réseaux sociaux ont repris une grande partie de ce que faisaient les blogs, et publier n’a jamais été aussi simple. Mais la simplicité de publication n’a pas réglé la question de fond. On publie sur des plateformes qui appartiennent à d’autres, selon des règles que l’on ne fixe pas, et une voix sans intermédiaire reste plus rare qu’il n’y paraît.
Ce site personnel vient directement de là. L’habitude de tenir un espace à soi, de l’alimenter et d’en répondre ne s’est jamais perdue, et elle explique qu’il existe aujourd’hui sous cette forme plutôt que sous celle d’un simple profil.
Une communauté ne se décrète pas. Elle se forme, rencontre après rencontre.