Communication, administration, Gestion de Projets. Trois métiers que j'exerce, et qu'on suppose volontiers reliés parce qu'ils tiennent dans la même personne. Ils ne le sont pas. Ce qui les réunit n'est pas moi : c'est une situation.

Il existe une version confortable de la polyvalence : celle qui dit que tout finit par se rejoindre, que les compétences se nourrissent les unes les autres, qu’une expérience sert toujours à la suivante. Je ne la crois pas, ou plutôt je ne l’ai pas vécue comme ça.
La communication a ses règles. L’administration a les siennes, qui ne sont pas les mêmes. Construire un outil en demande d’autres encore. Ce sont trois métiers distincts, avec chacun son exigence, et ils ne se réunissent pas tout seuls. Il faut une situation pour les convoquer ensemble, et c’est la situation qui décide lequel doit parler en premier.
Un document administratif
Rédiger un document administratif est d’abord un exercice de règle. Il y a une forme, des mentions obligatoires, une portée. L’administration dit ce qui doit y figurer et ce qui engage celui qui le signe. Ce métier-là répond à une question : est-ce que ce document est juste ?
Mais un document est aussi un texte que quelqu’un va lire, dans un contexte, avec une intention qu’il prêtera à son auteur. C’est là que l’autre réflexe intervient : choisir les mots pour ne pas franchir certaines limites, et pour ne pas perdre la neutralité.
La neutralité n’est pas un ton qu’on adopte. C’est une contrainte de rédaction, mot par mot. Chaque terme qui pourrait se lire comme une prise de position doit être remplacé, sans que le document cesse de dire ce qu’il a à dire. C’est un travail d’écriture, pas de posture.
Un administrateur seul écrit un document juste, qui peut être mal lu. Un communicant seul écrit un texte bien reçu, qui n’engage rien. Le document tient quand les deux exigences sont satisfaites en même temps, et aucune des deux ne suffit à décider de l’autre.
Un rapport
J’ai raconté ailleurs sur ce blog la fonction de rapports de mon système de pilotage : techniquement juste, et inutile. Le défaut n’était pas dans le code, il était dans la question posée au code.
C’est le même mécanisme, à l’envers. J’avais laissé le constructeur d’outils travailler seul. Il a produit un export correct. Il a fallu le réflexe de communicant, celui qui se demande qui lit et ce qu’il en fera, pour voir que le document ne s’adressait à personne.
Deux situations, deux ordres différents. Dans le document administratif, la règle vient d’abord et la lecture ensuite. Dans le rapport, le lecteur vient d’abord et la technique ensuite. Se tromper d’ordre coûte un document mal lu dans un cas, un outil inutile dans l’autre.
Ce que ça donne quand on installe une manière de travailler
C’est là que les trois servent le plus, et rarement l’un après l’autre.
Mettre en place un processus de travail demande trois choses en même temps. Que la règle soit juste, sinon elle ne tiendra pas devant un contrôle. Qu’elle soit comprise et acceptée par ceux qui l’appliquent, sinon elle restera un texte que personne ne suit. Et qu’elle soit outillée, sinon elle restera une intention.
Un processus qui n’a que la règle est une note de service. Un processus qui n’a que l’adhésion est un accord verbal. Un processus qui n’a que l’outil est une interface que personne ne remplit. Les trois manquent séparément, et ça se voit toujours au même endroit : au bout de quelques semaines, quand la nouveauté est passée.
Pourquoi je n’appelle pas ça un avantage
Parce que ça se paie.
Trois métiers distincts, ça veut dire trois exigences à tenir en même temps, et elles se contredisent régulièrement. Le mot le plus juste n’est pas toujours le mieux reçu. La fonction la plus utile n’est pas toujours celle qui simplifie la règle. Il n’y a pas de synthèse automatique : il y a un arbitrage, à faire à chaque fois, et il faut une situation assez précise pour savoir dans quel ordre les faire parler.
La question n’est donc pas de savoir faire les trois. C’est de savoir, sur cette situation-là, lequel doit parler en premier.