JCD Mag
Le vide à combler
La presse ivoirienne est riche : politique, sport, mode, société. Aucun titre, pourtant, n'était consacré aux jeunes cadres.
J'ai fondé JCD Mag en 2015 avec Maury Legran pour occuper cette place. Le Magazine des Jeunes qui comptent.
Le titre n'a pas été mis en ligne tout de suite. Il a mûri cinq ans, le lectorat à définir, la ligne à arrêter, le dispositif à concevoir, avant d'ouvrir au public en 2020.
Le nom dit le projet. Jeunes, non pas par l'âge mais par l'état d'esprit, une fraîcheur mentale. Cadres, parce qu'ils contribuent par leurs compétences au rayonnement du pays. Dynamiques, parce que leur pensée et leur action ont une incidence positive.
Le problème
Comment fabriquer un titre pour un lectorat qui n'est pas défini par une tranche d'âge, mais par une posture ?
Un magazine générationnel s'adresse à une classe d'âge : la cible est simple à décrire, facile à rater. JCD Mag visait autre chose : des professionnels dont le point commun est une manière d'être et d'agir, présents dans les affaires, la politique, le sport, le spectacle, l'administration. Un lectorat qui ne se laisse pas segmenter par les outils habituels.
L'approche
Définir avant de publier
La première décision n'a pas été de choisir des rubriques, mais de définir le lecteur, les trois mots du sigle, chacun avec sa définition. Tout le reste en découle : ce qu'on traite, ce qu'on écarte, sur quel ton.
Une promesse en cinq verbes
Informer, divertir, orienter, proposer, engager le débat. Cinq engagements, tenus par des formats précis : enquêtes, reportages, interviews, chroniques.
Les rubriques ont été arrêtées dès 2015, en même temps que la définition du lecteur. Elles n'ont pas été constituées à l'usage.
Ce que le titre ne traite pas
La politique. Elle est clivante, et un magazine qui s'adresse à des professionnels de tous horizons perd la moitié de son lectorat à la première prise de position.
Ce refus est une décision éditoriale, pas une prudence : il définit le titre autant que ses rubriques.
Le système
Trois supports, un seul titre.
- Le site : publication continue, organisée en rubriques. Je l'ai conçu et je le gère.
- Les numéros imprimables : deux parus, N°0 et N°1, mis en page sous InDesign.
- Les événements : une rubrique du site leur est consacrée.
Chaque support a sa fonction, et elles ne se recouvrent pas : le site porte les articles, au fil de l'eau ; les numéros portent le magazine, deux par an.
Deux numéros par an étaient prévus. Deux ont paru.
Quatre contributeurs, une conférence de rédaction
Le magazine a été porté par une équipe de quatre, réunie en conférence de rédaction, pas de commande au coup par coup : on décide ensemble de ce qu'on traite avant que quiconque écrive.
Ce que j'ai fait
Fondateur, rédacteur en chef, et concepteur du dispositif.
- La définition du lectorat et de la ligne éditoriale.
- La conception du site, sa réalisation et sa gestion.
- La mise en page des numéros sous InDesign.
- La direction de la rédaction et la coordination des contributeurs.
- La production d'articles.
Ce que j'ai appris
Le rythme est le vrai métier
Fonder un magazine est un projet ; le tenir en est un autre, beaucoup plus difficile. La ligne éditoriale se définit une fois ; le rythme se gagne chaque semaine.
Les occupations professionnelles ont fini par prendre le pas, et la publication s'est espacée. Ce n'est ni un défaut de conception ni un manque d'idées : c'est une question de charge, et c'est la difficulté que je n'avais pas anticipée en 2015.
Je ne changerais pourtant rien à la conception. Ni les rubriques, ni la définition du lecteur, ni le partage entre le site et les numéros : tout cela a tenu. La seule chose à reprendre est la cadence, et c'est précisément la seule qui ne se décide pas une fois pour toutes.
C'est ce qui rend l'enseignement transposable : un projet éditorial ne meurt presque jamais de sa conception. Il meurt du rythme.
J'en ai tiré un article : Un projet éditorial ne meurt pas de sa conception, il meurt du rythme.
Où en est le projet
Le magazine est en pause. Le dernier article publié date d'août 2023.
Je n'y ai pas renoncé.